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Martin Cognito

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Bonjour Martin,Le 6 novembre sort le dernier épisode de votre trilogie : Virginie. Le synopsis présent sur le site Internet du film parle d'une belle au bois dormant se réveillant dans un monde sans amour, suite aux dégâts du gouvernement 2003. Pouvez-nous en dire un peu plus ?
Ce n'est pas exactement une Belle au bois dormant… C'est une prostituée qui se réveille après cinq années de coma, en 2008. Cinq ans après les premières lois fascistes de Sarkozy. C'est une politique fiction où j'imagine qu'après les prostituées, l'état s'attaquera au sexe et ensuite aux femmes. Donc Virginie, réveillée, constate l'étendue des dégats. Elle prend la tête de la révolte et révèle la conscience endormie de ses comparses de douleur.
C'est un brûlot, une sorte de pamphlet contre ce que je vois poindre chaque jour un peu plus, c'est à dire ce retour de l'ordre moral, cette sorte de dérive liberticide, qui, si on n'y prend pas garde, va finir par asphyxier toute liberté.


Vous dénoncez également les lois Sarkozy dans le film (chasses aux sorcières, retour des maisons closes et des maquereaux...). Ce qui était présent brièvement dans Axelle (les politiciens ont toujours quelque chose à se reprocher, et ceux de droite encore plus), est là dénoncé dès le début du film. La politique et le porno, est-ce vraiment compatible ?
Évidemment ! La chair est à la base même de la politique. Le fondement de la société trouve ses bonheurs et ses dérives dans les rapports de chair. Je ne parle pas uniquement des pénétrations, je laisse cela à d'autres, j'aborde dans mes films les formes diverses d'oppressions. Quand je filme une scène d'homosexualité masculine dans Virginie, je brise le tabou qui fait que cette sexualité n'est jamais abordée depuis trente ans dans les films hétérosexuels. C'est un acte politique.
Dans ma trilogie il y en a bien d'autres : quand dans Axelle les deux filles font l'amour sur une chanson parlant du massacre des Palestiniens par les sionistes, quand je parle d'inceste, chose dont tout le monde se défend mais dont toute psychanalyse prouve et démontre qu'il est ancré en nous, quand je donne toujours le pouvoir aux femmes j'explique que des siècles d'oppression en feront les maîtresses de demain, etc, etc…
Le cinéma porno est basé sur les rapports humains, et ces rapports ne sont-ils pas politiques ? Ne font-ils pas la politique? Si.


Pour terminer dans ce registre hors-porno, un bandeau de soutien à Bertrand Cantat est visible sur votre site. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
Parce que Bertrand est un de mes amis et que je n'ai pas pour habitude de laisser tomber ces derniers. En lien sur ce bandeau on accède à un texte magnifique de Jacques Lanzmann qui explique les tenants et les aboutissants d'une violence passionnelle. Le lire c'est comprendre.


Dans une précédente interview à Chronicart, vous déclarez que le public X n'est pas plus con qu'un autre, qu'il est disponible pour des films non masturbatoire mais excitants. Le pari semble gagné vu le grand succès commercial rencontré par les deux premiers épisodes. A quoi attribuez-vous cette réussite ?
Au fait que je ne prend pas le public pour un con, je pense. Mes films sont excitants, ils donnent du plaisir, c'est tout. D'autres sont autrement, alors que ceux qui veulent se branler les regardent.


Je reste quand même très perplexe. J.B. Root, nous déclarait (interview de La Cochonne) :
Martin j'aime bien le garçon, j'aime pas ses films. J'aime bien la démarche, il cherche à faire du porno de cinéphile qui ne soit pas juste un produit de consommation bas de gamme. Mais j'aime pas ses films, je les trouve d'une grande tristesse, d'une grande lenteur et je ne les trouve pas excitant du tout. La première fonction d'un porno elle est quand même masturbatoire. Et les films de Martin ne sont pas du tout aphrodisiaques. On peut pas se branler sur un Martin Cognito, c'est con c'est un film qui a raté sa première fonction.(…)
Mais ça va dans le bon sens, tirer le porno vers le haut car c'est ça dont il a besoin aujourd'hui.

Je ne vous cite pas JBR pour vous demander ce que vous pensez de lui en retour ! Mais il résume parfaitement ce que beaucoup pensent de vos films. Comment l'expliquez-vous ?

Vous me dites ce que JBR pense de moi et de mes films, et vous voulez que je ne réagisse pas ? C'est une blague ?
Moi c'est le contraire de lui : j'aime bien ses films mais pas le garçon. Il est plein de paradoxes qui me gênent. Il se fait le chantre de la bataille contre la censure mais, un doigt sur la couture de son pantalon, il coupe ses films pour qu'ils passent sur Canal Plus. Il reproche à mes films d'être lents et tristes, alors qu'il cite " l'Empire des sens " comme étant son film X préféré. Ce chef-d'œuvre n'est pas, il me semble, un film joyeux et rapide… Et enfin, il fait partie de ces gens qui donnent leur définition du film porno comme étant LA définition du film porno.
Je ne vois pas en quoi ce genre de cinéma se doit impérativement d'être masturbatoire ? C'est comme s'il déclarait que le cinéma se doit d'être romantique ! Quid du film de SF, du film d'horreur, des comédies, etc… ? Je n'aime pas ces certitudes péremptoires qui donnent des cases dans lesquelles il faut rentrer. Je fais des films que j'aime, pour les gens qui les aiment. Je me contrefiche des règles et des codes. D'ailleurs le succès de Claudine et Axelle prouve qu'une partie du public me comprend. Les autres ont le choix.
Pour finir je précise que j'aime beaucoup French Beauty que je mets d'ailleurs dans mes dix films X préférés.


Pour parler clairement : dans la première scène lesbienne d'Axelle, peut-être la moitié du temps est passée sur Katsumi suçant le god ceinture de lilith. D'habitude, on y passe moins de temps. On pourrait également parler de la scène d'Ovidie se masturbant, mais tout ce qu'un film X mettrait en valeur (!) est très souvent caché.
Pourquoi ces choix ?

Parce que quand je fais quelque chose j'évite de répéter ou de copier ce qui se fait déjà. Quel intérêt de ne pas essayer d'innover ? Mes films ne ressemblent pas aux autres pour toutes ces raisons. D'ailleurs d'après les statistiques, ce sont une grand majorité de femmes qui achètent mes cassettes et dvd, ce qui est nouveau dans le X. J'en suis content.


Dans Virginie, lors de la revolte, Thibaud se fait dominer par une des pensionnaires, Monique, dans une scène collective. On y voit un plan de Laura Angel avec un sourire plutôt crispé...
Pouvez-vous nous parler du tournage de cette scène ? (D'ailleurs, sur le tournage de Claudine, vous n'etiez vous-même pas très à l'aise lors du "godage" de ce même Thibaud.)

Cette scène a été voulue pour voir jusqu'où pouvaient aller les actrices et acteurs de films X. En dehors de situations physiques extrêmes, il semble que ces personnes sont blindées émotionnellement alors qu'il n'en est rien ce qui est rassurant.
Pour le tournage de ce moment du scénario, personne à par moi et la fille au masque, ne savait ce qu'il allait se passer, même Thibault ne savait absolument rien. Les personnes qui ont lu le scénario remarqueront d'ailleurs que cette séquence est différente dans le film que celle qui figure sur le papier, pour des raisons de secret. J'ai juste expliqué qu'ils allaient assister à une vraie séance de domination, une vraie, c'est-à-dire aussi sans les artifices habituels (cuir, latex, chaînes) dont le public croit qu'ils sont obligatoires. Une vraie, c'est-à-dire aussi une véritable scène d'amour.
La fille au masque et Thibault, hors cinéma, sont des spécialistes en la matière et ce qu'ils donnent à voir est extrêment rare car jamais filmé à des fins commerciales. Donc j'ai précisé aux acteurs que je ne voulais pas qu'ils retiennent leurs émotions, qu'ils se laissent aller totalement et que j'allais filmer leurs réactions. Certaines acteurs ont sourit, d'autres ont été choqués, d'autres encore dégoûtés. Aucun n'a triché en tout cas, et la tension nerveuse a été tellement forte que tous ont craqué émotionnellement à la fin. Cette scène est un moment rare de vérité. D'ailleurs dans le making of, sur le DVD de Virginie, on assiste à la mise en place de cette séance.
Quant au godage de Thibault sur Claudine, en effet je n¹étais pas très à l¹aise pour la bonne et simple raison que Ovidie ne l'était pas non plus. Elle était intimidée par Thibault et surtout elle n'avait jamais exécuté ce genre de scène. À l'origine je voulais même qu'elle le sodomise avec un gode-ceinture, mais elle a refusé.


Toutes les perversions (excepté les mineurs) sont tolérés par la loi française, et vous déclarez que Colmax vous laisse toute liberté.
Déjà que pensez-vous de cette partie de la production (uro, scato, zoo par exemple). Et, pourquoi n'en verrait-on pas dans vos films ?

Parce que je conçois d'abord un scénario et le contenu des scènes et de leurs pratiques viennent ensuite en toute logique. Je ne vais pas mettre une scène d'urologie ou de scatologie gratuitement, si tant est que ce genre me plaise. Je dois dire que je ne suis pas un fan de la deuxième.
Quand à la zoophilie, je ne tourne qu'avec des gens consentants et adultes, conscients de ce qu'ils font, alors un animal...


Pour changer de thème, parlons musique ! Celle de Virginie est sincèrement superbe, elle est en parfaite osmose avec le film (et en particulier dans la scène de l'enfer).
Pouvez-vous nous parler de son compositeur, Georges Grosson. Un pseudo ?

Georges Grosson est évidemment un pseudo. C'est un musicien génial qui compose les musiques de mes films depuis toujours, c'est-à-dire aussi pour mes films traditionnels. Je travaille sur la musique en amont du tournage, jamais après. La musique est entièrement composée avant. Sur le tournage je l'ai dans la tête et je filme en fonction d'elle. C'est une question de rythme.
Sur mon site les musiques sont disponibles et c'est la partie la plus téléchargée. Nous envisageons de sortir un CD avec les trois bandes sons réunies. Vive Georges Grosson !


Aucune fille n'a joué plus d'une fois dans vos films. En revanche, on retrouve toujours la même équipe de hardeurs (HPG, Manu, Thibaud, Piotr et Alban). Une raison particulière ou des hasards des disponibilités ?
J'ai peu de temps quand je tourne un film X. Alors je profite du travail fait sur les premiers films pour le continuer avec les mêmes personnes sur les autres. De plus ces acteurs sont devenus des amis, alors pourquoi en changer ?
Il est plus facile de trouver des actrices qui jouent juste que des acteurs, c'est ce que j'ai constaté. Les filles se prêtent plus volontiers à mes exigences, les garçons n'ont pas tous la faculté des HPG, Alban, Piotr, Manu, à incarner des personnages qui ne leur donnent pas chaque fois le beau rôle, à se mettre en danger.


Pourtant ce ne sont pas les hardeurs qui manquent. J'ai mon idée mais vous allez peut-être nous expliquer pourquoi des gens comme Ian Scott, Greg Centauro, Sebastian Barrio n'apparaissent dans aucun des trois films. Titoff étant bi, il aurait pu tourner la scène gay ?
Je ne connais pas personnellement Ian Scott et Greg Centauro. Sébastian Barrio m'a demandé de tourner pour moi après Claudine. Je l'ai donc rencontré : un garçon gentil, gentil, gentil...
Quant à Titoff, il devait jouer dans Axelle. Il était d'accord avant même de lire le scénario. Quand il en a prit connaissance il m'appelle et me dit qu'il ne peut participer à cette entreprise de dégradation de l'homme, que dans mes scénarii la gente masculine est toujours humiliée, avilie. Il refuse alors. C'est marrant, je trouve que quand il sodomise une pauvre fille de l'Est dans les films de Woodman en la traitant de salope, il participe plus, pour moi, à la dégradation de l'homme. Question de point de vue.


On est tous d'accord pour constater que le x français est dans sa très grande majorité navrant. Pourtant certain réalisateurs essayent de faire du bon boulot. Que pensez-vous de gens comme JB Root, Fred Coppula ou plus récemment Yannick Perrin ? Regardez vous leurs films ?
JBR, fait pour moi de l'excellent travail. Avec Saliéri et Payet, c'est le haut du panier incontestablement. Coppula et Perrin ? Je n'aime pas. Woodman ? Je déteste et ses films et ses méthodes de proxénète.


Enfin pour terminer, vous déclarez dans le DVD Claudine que vous ne savez pas trop combien de films X vous alliez réaliser. Dans le DVD Axelle, vous déclarez que ce sera une trilogie.
Avec Virginie, confirmez-vous votre départ, ou bien vous avez un scoop pour nous sur des éventuels futurs projets ?

Peut-être quelque chose de différent, ce n'est pas exclu. Mais seulement si je trouve une idée nouvelle et novatrice. J'y travaille...

Communautée
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