
Né en 58 en France, tu as été dépucelé à 15 ans au Caire.
Pour l'anniversaire de mes 14 ans, les copains de ma sœur m'ont fait une surprise, ils m'ont dit : " jean, va voir dans le jardin, il y a surprise dans la voiture ". Et dans la voiture, il y avait une pute. Elle sentait le parfum bon marché, des poils de hérissons sur la chatte…j'en garde un souvenir génial ! Merci les copains pour le cadeau !
Après, ça a été les copines de classe photographiées à 16 ans.
Et les emmerdes, je me suis fait virer. Fallait pas photographier les fesses !
T'avais donné les photos aux profs ?
Non, j'ai fait une expo avec. C'était très culturel, des photographies d'Egypte avec les gens dans les villages, et une série de nus. Des nus en très gros plan, des détails de corps, un peu abstrait. Et manque de pot, le mari de la prof d'Espagnol a reconnu un grain de beauté. Ca a fait jaser (c'était la fille de l'ambassadeur je crois) et j'ai été viré 3 mois. Bienvenue dans l'ordre moral !
A ton retour en France, ça a été les sex-shop, les peep-show...
J'avais pas 18 ans et je me faisais jeter des boites de strip de Pigalle. Je voulais absolument y rentrer !
C'était comment à l'époque ?
En 76 c'était une époque bénie pour le cul, l'année où les films X étaient autorisés. Il y avait plus de films X que de films normaux . Les films étaient vachement bien, la production française avait de la gueule, des films en 35 mm avec des scénarios. Je passais mon temps à me branler dans les salles de cinéma. Des filles comme Marilyn Jess avaient 18 ans, j'avais 18 ans c'était le monde idéal ! On avait l'espoir que ça devienne quelque chose, et puis le censeur est passé avec la loi de finance, et foutu le X dans un petit ghetto, où il est toléré à condition d'être insignifiant.
Après la loi de finance est arrivée la vidéo qui a définitivement enterré le genre ?
Le X n'est plus fait par des gens du cinéma, mais par des gens qui faisait des fringues dans le sentier et qui ont trouvé un moyen plus simple et plus rigolo de gagner de l'argent. Ils achètent un caméscope à la Fnac, ils tournent ça chez eux avec une apprentie shampouineuse, ils mettent une belle jaquette et ils vendent ça. Mais c'est pas des films, c'est des produits de consommation sexuelle qui servent à se branler, mais c'est ça qui fait avancer le genre.
Pour en revenir à ton parcours, tu deviens journaliste, tu écris des bouquins pour des enfants, des reportages…
Avec une vie de famille, des enfants…
Tu as eu des enfants ?
J'ai vécu marié avec deux enfants pendant 15 ans !
Alors qu'est ce qui a fait que tu abandonnes une situation plutôt confortable…
Je m'emmerdais ! j'ai eu envie de recommencer à jouer avec des trucs qui m'enthousiasmait tant quand j'étais ado. Ca s'appelle la crise de la quarantaine !
J'ai recommencé à fréquenter en douce les sex-shop, les cinémas X, acheter des cassettes porno Mais mener une double-vie, c'était pas possible., je n'allais pas recommencer honteusement à aimer la pornographie. J'ai donc inventé John B. Root en 95.
Ca a bien marché. Tu as été le premier à faire des cd rom X...
Ca n'a jamais bien marché.
Quand même !
Ca n'a jamais bien marché économiquement. Je n'ai jamais su gagner ma vie avec ce métier. Et encore aujourd'hui. Mais ça a été passionnant d'un bout à l'autre.
J'ai commencé par les cd-rom et puis Canal est venu me voir car ils aimaient mes cd-rom, et ils m'ont demandé de faire un programme interactif diffusé à la télé. On a fait Cyberix, un truc monstrueux ! 24 acteurs en direct, ça a coûté une fortune et j'ai jamais revu l'argent !
J'avais fait un tel trou dans la caisse, qu'il a fallu que je me mette à faire des films, en se disant qu'on ferait peut-être de l'argent. Mais je l'avais pas du tout prévu de faire des vidéos X, je pensais que le marché était saturé. A l'origine la boite que j'avais monté devait produire pour moitié des programmes pour la jeunesse. Mais John B. Root a tout bouffé !
Dans les dernières interviews que j'ai lues, 2002 n'avait pas l'air formidable.
Ca a été la pire année d'existence de la boite. Tous nos marchés sont tombés. Canal ne diffusait plus nos films, le retour de l'ordre moral a fait que toutes les chaînes ont arrêté de se lancer dans des projets. Le carnet de commande était vide. On ne payait même plus le loyer, c'était une année épouvantable. On s'en sort peu à peu.
Tu me diras en ce moment c'est plutôt la crise pour tout le monde. Tous les professionnels se plaignent.
Oui mais c'est leur faute. A force de pratiquer une politique de marchand de fruits et légumes, de vendre n'importe quoi avec des belles jaquettes, ils ont tué le marché. Maintenant ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Je l'avais écrit il y a cinq ans dans porno blues, et on y est. Le marché est mort.
Mais toi, tu ne te remets pas en question ?
Par exemple, dans une de tes précédentes interviews tu cite un artiste japonais, Araki, dans ces termes : est-ce qu'il se met en scène comme palliatif ou est-ce qu'il baise vraiment les filles ? C'est une vraie question de fond pour les gens qui filment le sexe.
Pierre Woodman, il ne se pose pas ce genre de question !
Il ne se pose que des questions économiques et il est très fort là dessus !
Quand il signe un contrat avec Larry Flint où il est payé une fortune pour aller filmer des filles aux Seychelles, tu ne dis pas que tu devrais peut-être te remettre en question ?
J'ai la plus grande admiration pour son savoir-faire commercial, là dessus il est d'une intelligence pour gagner de l'argent...putain si j'en avais la moitié j'aurais pas mes problèmes ! Par contre il n'a aucune morale, c'est à dire que c'est : je fais du fric, je m'amuse, je vis ma vie comme elle m'intéresse…il s'en fout il a bien de la chance.
Moi j'ai été élevé dans une éducation Judéo-chrétienne et j'essaye de faire du porno tout en conciliant les exigences de cette morale ! Mais c'est moi qui ai tort, le marché du porno n'a pas cette morale. Toutefois il se trouve que le fait que je sois un peu moins misogyne, un peu moins ceci un peu moins cela me donne une petite niche de spectateurs qui m'aiment bien et qui veulent un porno un peu différent.
Mais Woodman n'est pas un monstre ! Effectivement une fille qui travaille pour lui, elle va se faire enculer avant, mais elle est majeure, elle est bien payée, elle part au soleil, elle l'a choisit.
Prenons un autre exemple. Xperiment, un très beau film (surtout l'entrée où tous les acteurs marchent vers le château avec la voix off c'est superbe...) mais quand tu vois les scènes ! Prenons celle avec Adriana et Seb Barrio, tu as du Chopin avec Adriana qui annone en voix off un récit cafardeux.
Vraiment tu ne te demande pas si les gens ont envie de se branler en regardant ça ?
Xperiment est un film très particulier. Pour ne rien te cacher, c'est un film qui a été fait avec zéro franc zéro centimes. J'ai profité de la fin du tournage du film Aly et de Explicite pour garder les acteurs une journée de plus.
C'était en 2002, l'année horrible ! Et je cherchais un concept de film différent, un concept de film qui ne coûte rien, pas plus cher qu'un gonzo, et j'avais toujours pensé mélanger des histoires racontées comme une bande-son avec des images pornographiques. J'ai fait l'expérience, j'ai eu beaucoup de chance car ça a plu au responsable de Canal qui l'a diffusé.
Les avis sont très partagés sur ce film, j'ai reçu des compliments très touchants, et d'autres qui m'ont dit que c'était pas un film très génial. Je ne sais pas. En tout cas moi je me pose pas la question. Je fais les films que j'ai envie de faire.
Aujourd'hui je voudrai refaire des gros films avec des histoires complexes comme French Beauty ou XYZ. J'en ai un qui est écrit mais j'arrive pas à trouver l'argent car c'est entre 100 et 150 mille Euros. Le marché est très déstructuré et ne permet pas de tourner des machines à ce prix là. C'est pour ça que j'ai travaillé pour Dorcel récemment (Une nuit au Bordel).
Dorcel a été formidable, il m'a dit " le scénario me va ", il m'a donné le budget, et il m'a foutu la paix.
Que pense-tu des nouveaux réalisateurs comme Martin Cognito, Angela Tiger….
Martin j'aime bien le garçon, j'aime pas ses films. J'aime bien la démarche, il cherche à faire du porno de cinéphile qui ne soit pas juste un produit de consommation bas de gamme. Mais j'aime pas ses films, je les trouve d'une grande tristesse, d'une grande lenteur et je ne les trouve pas excitant du tout. La première fonction d'un porno elle est quand même masturbatoire. Et les films de Martin ne sont pas du tout aphrodisiaques. On peut pas se branler sur un Martin Cognito, c'est con c'est un film qui a raté sa première fonction.
Angela, je l'aime beaucoup, il parait que le film est très joli à regarder (il n'est pas encore sorti), mais je ne suis pas sur que ce soit la bonne solution…
Pourquoi : parce que Dorcel cherche à faire un coup en mettant une femme aux commandes, une équipe qui vient du cinoche, mais pour réaliser du porno, il faut en avoir réaliser beaucoup pour en réaliser de biens. Et je ne suis pas sur que de donner des gros budgets à des gens dont c'est le premier film soit la bonne solution. Il y a beaucoup de réalisateurs de talent qui ne travaille pas assez.
Mais ça va dans le bon sens, tirer le porno vers le haut car c'est ça dont il a besoin aujourd'hui.
Pierre Moro, que nous avons interviewé récemment, pense que ça correspond à un retour à l'ordre moral.
(Il est très gentil Pierre Moro !) Pour moi le hard doit-être transgressif, il a pour mission de jouer avec les marges. Le porno des années 70 jouait tout le temps avec les marges, c'était le plaisir de la transgression, de l'interdit. Il doit être politiquement incorrect, s'il oublie ça, il est chiant.
Que penses-tu des films extrêmes uro, scato…
Toutes ces franges du porno sont absolument indispensables. Si le porno arrête d'être salissant, faut qu'il arrête complètement.
Alors toi, tu pourrais faire un film scato ?
Moi je peux tout filmer s'il y a du plaisir. Je ne vois pas pourquoi je ne tournerai pas du scato, du dégueu, du SM si je connais les codes. Si un couple prend un vrai plaisir, je ne vois pas pourquoi je ne le tournerai pas. Je ne suis pas raciste envers les sexualités ! Par contre je ne le mettrai peut-être pas sur le site, pour ne pas choquer les visiteurs. Ou alors avec un gros avertissement !
Et les films de viol ?
Ah non, certainement pas. La seule chose qui compte est le plaisir. Le SM c'est encore autre chose, c'est un choix.
Mais même si ça amuse la fille de faire semblant de se faire violer, ça fout trop de merde dans le crane des mecs. Il ne faut pas que l'on croie qu'on peut imposer le plaisir.
Et les films d'inceste ?
Non. Dès qu'on mélange le sexe avec du pouvoir ou de l'argent, on tombe dans la prostitution, la pédophilie, le viol... Le sexe ça ne se mélange avec rien d'autre, ça se mélange avec du plaisir.
Pourtant beaucoup d'éditeurs Francais le font.
Ca fait un tort considérable au métier. Cet automne, tout le monde parlait de ces cassettes de viols qui nous ont attiré les foudres. J'ai passé mon temps à me défendre à la télé contre des gens qui disaient c'est parce que le porno est autorisé qu'il y a des viols dans les banlieues. Il faut arrêter avec le sexe non-consenti parce que c'est la pente glissante. Faire croire qu'une nana prend du plaisir parce qu'on la viole...on est dans le pourri.
Parlons de ton site web www.explicite-art.com
Avec la quantité de contenu que tu produis, et le faible rendement dont tu parles dans tes précédentes interviews, pourquoi ne pas créer plusieurs sites spécialisés ?
Chaque chose en son temps ! La création d'explicite.com a été un travail de titan. C'est la vie et l'œuvre de John B. Root. Tout y est, et en vrac. Et c'est d'ailleurs un peu son défaut c'est qu'on ne sait pas exactement ce qu'il vend. Il y a du soft, du hard, de l'artistique et du hard-crade, il y a de tout. Nous allons donc développer des niches, dont une hardcore, mais sans la marque John B. Root.
Pour le moment l'objectif est d'ouvrir le marché Français au haut-débit carte bancaire. Ce qui n'est pas encore le cas. Le marché Français est très en retard, c'est essentiellement un marché bas-débit/dialer. La part de nos abonnés Français en ADSL est très faible.
Que penses-tu de l'accès des mineurs aux sites X ?
Il y a des solutions, il y a des moyens, mais c'est un vrai problème. En France, le législateur ne veut pas trancher. On vit de la tolérance du législateur, on est dans un pays de Tartuffe ! Aux Etats-Unis, ils ont tranché : l'utilisation d'une carte de crédit fait preuve de majorité.
L'outil de filtrage il existe. C'est comme à la télé. Si les parents utilisaient le code parental de leur décodeur les gamins n'auraient pas accès aux films.
Tu avais un kit de connexion que tu as supprimé ?
Le site n'était pas adapté. Aujourd'hui la rétribution française est tellement faible que c'est plus adapté à un site qui ne coûte pas grand chose en bande passante et frais techniques.
Explicite coûte une fortune en frais technique, ça n'est pas rentable. En plus avec le kit, ils se branchaient, prenaient le film en ADSL, se débranchait tout de suite, et regardaient le film jusqu'au bout !! A l'époque, on ne savait pas l'arrêter.
Maintenant avec Las Vegx, bienvenue au kit.
C'est justement a question que je voulais te poser : pourquoi ne proposes-tu pas un programme d'affiliation ?
Sur le marché Français, je ne voulais pas travailler en affiliation au coup par coup, c'était un gros boulot. Quand Las Vegx est arrivé c'était la simplification avec un projet global de mise en affiliation. On veut rester une petite unité de production.
Tes acteurs ne sont pas sous contrat mais travaillent majoritairement pour toi : Titof, Aly...
Aly était sous contrat, c'était une exception.
Ils n'ont pas de site officiel. Il y a bien titof.com mais ça pointe vers explicite.
Le problème d'ouvrir un site titof...
Ou un site Aly...
Mais qu'est ce qu'on mettrait dedans ? Aly, elle ne travaille plus. Ca serait un site qui ne bougerait pas. Il n'y aurait pas d'update. Si on fait titof.com on met quoi dedans ?
Il y a un projet en cours vaguement avec Titof parce qu'il va sans doute faire son premier film gay. Donc c'est peut-être l'occasion. Mais un site, faut que ça vive, que ça bouge. Il faut qu'il y ait une update par semaine. Aujourd'hui ce n'est pas le cas.
Je pensais aux sites officiels des hardeuses française.
Ils gagnent de l'argent, mais il n'y a rien. Quatre photos mal scannées qui se battent en duel…ça ne m'intéresse pas. C'est pas avec ça qu'on fera progresser Internet.
Pourtant ça te permettrait de mieux financer tes activités.
Ca finit toujours par te retomber sur la gueule quand tu prends les gens pour des cons.
Par exemple, dans explicite.com quand tu es dans la partie membre tu as zéro ads, zéro pub. Ca c'est pas par hasard. Quand le mec, il a payé 29 euros pour rentrer dans le site, il a le droit d'avoir un site tranquille.
Tu as un bon taux de réabonnement ?
Pas génial. Je peux te donner les chiffres, ils ne sont pas confidentiels : on a 20.000 visiteurs et 600 membres, ça ne suffit pas. Il ne paye pas ses frais mais il ressemble à ce que j'avais envie de faire. Et un jour ou l'autre, on est gagnant à long terme.
Tu peux faire de l'argent rapide, mais j'ai pas envie de gagner de l'argent en ayant honte de ce que je fais. Je veux me lever le matin et avoir la passion de photographier une fille et pas parce que je veux gagner du fric. Je me sentirais moi-même proxénète, et ce qui m'en empêche, c'est de me sentir artiste.
John nous montre ensuite des rushs qu'il vient de tourner. La nana s'appelle Marla, c'est une serveuse qu'il a rencontré dans un resto la veille. On la voit au lit avec Titof et Loulou (la femme de John), dans un fist vaginal bien profond. Loulou, au vu des cris de plaisir de Marla, semble être une véritable spécialiste !
Rush suivant, Titof veut la prendre en anal, mais la belle se fait désirer. Le tout dans une franche rigolade, même le chien de John, resté sur le coté, semble de la fête. A la fin Titof rigolant, mais un peu exaspéré par ces "oui mais non" incessants, la plaque sur le coté, et commence le travail avec les doigts... ! Marla se débat, puis n'en pouvant plus, lui laisse la voie royale, le tout dans une explosion de gémissement de plaisir.
Nous revenons ensuite au bureau.
Mais dis-moi, John B. Root faisant du fist, c'est un scoop pour La Cochonne ça !
Mais les gens ne savent pas. Ils regardent mes films sur Canal qui les coupe. Il faut les voir en version intégrale ! Même Dorcel il coupe.
Par exemple dans Elixir, le film commence avec Valérie qui arrive nue dans la nature devant un groupe. Et elle se met à pisser. Canal l'a coupé. Et ça change toute la vision du film ! Dans Orgasmus 2, toutes les filles se font fister ! Ovidie se fait fister par Loulou… mais tu ne le vois pas parce que ça a été coupé à la diffusion.
Puis John nous montre un extrait où Delfyn Delage se fait fister par Loulou...qui en oublie son bracelet à l'intérieur (rires dans le film et devant l'écran !)
John nous précise enfin qu'il va sortir une série de plusieurs dvd avec ses meilleures scènes, et l'interview se termine.